jeudi 17 juin 2010

Le bois de rose, un retour qui tourne court

Après un bref retour sur le marché sous une version bio, il semble que l'huile essentielle de bois de rose soit appelée à disparaître de manière durable. L'espèce fait, plus que jamais, partie des bois tropicaux menacés. A tel point que toute coupe est désormais interdite. Rappelons que l'organe producteur de l'HE est le coeur du bois, ce qui n'arrange évidemment rien : l'arbre entier doit être coupé. Une fois de plus, les contraintes écologiques dictent leur agenda. A nous d'en tirer les conclusions et de nous adapter.
Et après ?
Un bois de rose chinois restera disponible jusqu'à la fin de l'année. Solution sans doute sans lendemain puisque les bois tropicaux sont menacés partout sur la planète.
Le bois de ho - Cinnamomum camphora chémotype linalol - reste une alternative traditionnelle, bien qu'un peu trop chargée en linalol.
Plus intéressant sans doute : une HE de bois de rose du Brésil distillée à partir des feuilles et non plus du bois. Dans ce cas, la question de la préservation de l'espèce ne se pose évidemment plus. Nous attendons de tester cette version "feuille" qui serait finalement assez proche de celle de la version "bois", la part de linalol excédant tout de même les 80 %.

mardi 9 mars 2010

Le saro, alternative à la ravintsara ?

Le saro, ou mandravasarotra, est un arbre endémique de l'ouest de l'île de Madagascar, aimant la proximité de l'eau. Les Malgaches se servent de ses feuilles en pharmacopée traditionnelle. Distillée depuis peu, son huile essentielle nous est présentée comme une alternative de choix à la ravintsara, véritable diva parmi les Malgaches. Je préfère la comparer à l'HE de tea tree, originaire d'Australie, bien connue des Aborigènes et aimant, elle aussi, les terroirs humides. Il n'y a pas que la biochimie qui nous révèle des indices : la similitude des traditions doit faire partie, elle aussi, d'un portrait complet. Comme celle de tea tree, l'HE de saro est une excellente technicienne qui impressionne par son efficacité. La ravintsara, en fin de compte, joue dans une autre catégorie. Cette dernière réussit le tour de force d'être simple et harmonieuse, possédant un doigté et une finesse à nulle autre pareils. Son impact psycho-émotionnel reste insurpassable. La ravintsara est, de plus, une des rares huiles essentielles susceptibles d'être appliquées pures sur la peau. Malheureusement, au terme  de l'hiver 2009-2010, parée de son étiquette "anti-grippe", ce qui vrai mais un peu court à mon avis, une demande exagérée a fortement compromis sa production, en bio comme en conventionnel. Dans ce contexte, intéressons-nous un peu plus au saro, histoire de permettre à la ravintsara de se régénérer. Vous utiliserez le saro en diffuseur : c'est une excellente respiratoire à savourer en toute saison. Si vous l'appliquez sur la peau, diluez-la dans un peu d'huile végétale : elle contient pas mal de monoterpènes, limonène en tête. Sur les épidermes sensibles, elle pourrait être irritante, sans plus. Elle n'est en rien dermocaustique. Dans sa version bio, l'HE de saro est présente sur le site Bioflore : www.bioflore.be

lundi 18 janvier 2010

La question des origines



L'aromathérapie n'est pas une science qui met dans le mille à tous les coups. C'est un art qui se base sur une matière complexe qui vous donne parfois l'illusion de bien la comprendre. Illusion... Dans tous les livres d'aromathérapie, y compris les traités les plus aboutis, on vous décrit les huiles essentielles et leurs propriétés découlant notamment de leurs ingrédients chimiques dominants. Sauf que, dans la réalité, les variabilités géographique et climatique n'arrêtent pas de brouiller les pistes. Prenez l'espèce Myristica fragrans, autrement dit la muscade. On tire de sa noix une HE à l'odeur "montante" caractéristique. La muscade est une HE tonique et anti-infectieuse dont on nous apprend qu'il faut se servir avec prudence : elle contient un éther-oxyde appelé myristicine. Si vous en abusez, elle devient un stupéfiant. Dans certaines prisons, on a pu se servir de la noix moulue dans cette intention. Pour bénéficier de ses vertus - sans les vices - et de sa bonne odeur, il faut donc s'en servir avec modération, en se limitant aux usages externes. Le problème est que cette myristicine varie selon les origines : telle origine indonésienne va dépasser les 10 %, alors que l'origine sri-lankaise que je viens de découvrir et qui m'inspire ce billet, ne dépasse pas 2 % ! L'odeur de la muscade est bien présente, mais en arrière-plan. La personnalité de l'HE est préservée et s'enrichit d'une finesse que je ne m'attendais pas à trouver. Dès lors, la dangerosité de ce "chémotype" devient toute relative, ce qui implique aussi un éventail de propriétés bien plus large, les autres molécules de l'HE pouvant s'exprimer sans l'hypothèque menaçante de la myristicine. L'oenologie et l'aromatologie ont bien des choses en commun.
Je vous présenterai bientôt cette muscade sri-lankaise sur le site Bioflore.

samedi 14 novembre 2009

Une recette de grog anti-infectieux


J'aime particulièrement la formule du "grog aromatique" : pas de forme galénique (capsule ou autre) impliquant toujours de la matière inerte, effets physiologiques très tangibles et impression gustative valant le détour. On est ici aux confins de l'aromathérapie culinaire. Le plaisir n'est donc pas loin. Accordez-vous le temps de cette cérémonie du thé aromatique et faites-en un rituel que les huiles essentielles méritent à coup sûr, conforme à leur statut de substance noble et précieuse. Bien des huiles essentielles pourraient être ingurgitées de cette matière. Oui, je sais : on n'a pas toujours le temps...
Voici une recette possible de grog anti-grippe. Quand vous vous sentez vulnérable, prenez-le une fois par jour et très ponctuellement. Si l'infection est installée, prenez-le jusqu'à 4 fois par jour pendant 2 à 3 jours.
Dans une cuillerée de miel, incorporez une goutte d'HE d'origan compact (ou de sarriette des montagnes), une goutte d'HE de cannelle, une goutte d'HE de thym à thujanol, une goutte d'HE de girofle et une goutte d'HE de menthe poivrée. Malaxez bien. Versez de l'eau pas trop chaude, le volume d'une tasse, et mélangez bien. Selon le goût, on peut y ajouter le jus d'un demi citron. La quantité d'HE peut paraître importante, elle tient compte des pertes dues à l'évaporation. Les 4 premières HE citées forment un pool anti-infectieux à large spectre. La menthe poivrée draine le foie et aide les digestions éventuellement barbouillées par l'infection. Si vous vous savez fragile du foie, l'HE de menthe poivrée peut être remplacée par l'HE de romarin à verbénone.
Vous pouvez remplacer le miel par de la mélasse noire ou du sirop d'agave.

jeudi 15 octobre 2009

Lavande fine et lavande officinale : quelle différence ?


La lavande vraie - Lavandula vera - est disponible sur le marché en trois versions. Sa forme la plus authentique est la lavande fine sauvage -Lavandula angustifolia. Cette plante s'épanouit dans son biotope naturel aux alentours de 2000 m d'altitude dans les Alpes de Haute-Provence. La cueillette de cette lavande fine sauvage est forcément limitée et son prix s'en ressent. La lavande fine est mise en culture à une altitude plus basse, aux alentours de 800 à 1000 m. Vous trouverez de telles cultures, par exemple, à Sault, localité située sur les pentes du Mont Ventoux (notre photo a été prise à cet endroit). La lavande fine cultivée est vendue à un prix plus démocratique (comptez de 8 à 10 euros pour un flacon de 10 ml de qualité "bio"). A noter que cette lavande fine de culture est assez fragile : elle est sensible aux ravageurs et sa disponibilité est inégale d'une année à l'autre.
Enfin, à une altitude plus basse encore, on cultive la lavande officinale - Lavandula officinalis - dite encore lavande "maillette". Il 'agit d'une lavande de sélection, donc plus simple sur le plan botanique que la lavande authentique, cultivée à plus grande échelle et nettement plus résistante. Pour un flacon de 10 ml de lavande officinale bio, comptez de 4 à 6 euros.



Comment choisir entre la lavande fine, sauvage (si vous en trouvez) ou cultivée, et la lavande officinale ?


L'arôme de l'HE de lavande fine est ample, centré, retenu. C'est l'empreinte olfactive des esters, abondants et variés. Le linalol s'y fait discret, le camphre ne s'y retrouve qu'en quantité marginale. Cette reine des lavandes est à retenir sans hésiter pour l'ensemble des applications concernant le système nerveux et le plan psycho-émotionnel. En aromathérapie cosmétique également, elle sera à retenir en priorité : ne pas oublier que le linalol est classé parmi les allergènes, même si cet inconvénient potentiel ne concerne que 1 à 2 % de la population.


L'arôme de l'HE de lavande officinale est plus vert et plus intense. La présence accrue du linalol et du camphre n'est évidemment pas étrangère à cette impression. Les esters demeurent présents mais perdent en variété (l'acétate de linalyle domine). Nous retiendrons cette lavande pour les applications plus techniques de l'aromathérapie, bobos et désagréments divers de la vie quotidienne.

Un dernier mot : les lavandes qui nous viennent de l'est de l'Europe (Bulgarie, Crimée...) ont des caractéristiques qui les apparentent clairement à la lavande officinale.



samedi 3 octobre 2009

Pour préserver notre immunité, les rats nous confirment qu'il faut cesser de se ronger les sangs !

Le stress émotionnel engendre une réaction immunitaire intempestive. Un état de stress permanent finit par épuiser notre potentiel de défense immunitaire et nous rend vulnérable au premier germe qui passe. Nous le savons tous, même intuitivement. Des chercheurs japonais ont exposé des rats de laboratoire à des conditions stressantes alors qu'ils inhalaient ou non du linalol. Ce dernier ramène à la normale les niveaux de neutrophiles et de lymphocytes, constituants clé du système immunitaire, élevés par le stress.

Le linalol est une molécule assez courante en biochimie aromatique. Elle fait partie de la famille des monoterpénols. Nous connaissons le linalol pour ses vertus anti-infectieuses. Sur le plan psycho-émotionnel, le linalol est un tonique doux qui aide - nous le savons depuis bien longtemps - à ne pas surréagir devant une situation stressante. Sans désamorcer la capacité émotive, ce constituant permet de maintenir une distance souriante. Le linalol installe la lumière quand la grisaille se manifeste, à l'intérieur de soi comme à l'extérieur.

L'impression olfactive la plus soutenue en linalol est offerte par l'huile essentielle de bois de rose du Brésil (Aniba rosaeodora ou Aniba parviflora) qui en contient autour de 80 %. Et la meilleure manière d'utiliser cette HE de bois de rose est effectivement de la diffuser : pour déstresser sans anesthésier ! D'autres HE en contiennent un peu moins : la lavande aspic, la lavande officinale, le thym "doux"... et bien d'autres où sa part va en décroissant. Le linalol révèle alors sa présence en colorant l'essence de sa verdeur particulière.
A travers le sens olfactif et la maîtrise du système nerveux autonome, l'aromathérapie - qui a des ressources inépuisables - nous offre une manière plus indirecte mais pas moins inefficace de préserver notre immunité. Il est intéressant que les scientifiques et leurs acolytes les rongeurs apportent de temps à autre leur caution. Merci à eux !

samedi 26 septembre 2009

Les hydrolats de l'immunité



L'hydrolat est l'eau, de rivière ou de source, qui a servi à distiller une plante aromatique pour en extraire l'huile essentielle. L'eau, au terme de la distillation, s'est chargée d'une fraction assez faible des principes aromatiques. Cette faible concentration confère à l'hydrolat une action bien réelle, mais plus douce, dénuée du moindre risque et susceptible d'être étalée dans le temps, à la différence de l'huile essentielle issue du même végétal et dont l'utilisation par voie interne est nécessairement limitée à quelques jours. Beaucoup d'hydrolats s'utilisent de préférence en externe, comme lotions cutanées, tandis que d'autres s'utilisent de préférence en interne. C'est le cas des hydrolats correspondant aux huiles essentielles puissamment anti-infectieuses : l'hydrolat de sarriette des montagnes, l'hydrolat de thym"fort" (à thymol), l'hydrolat d'origan...
L'hydrolat, tout comme l'huile essentielle, doit être contrôlé "bio".
Pour renforcer votre immunité et votre vitalité physique, incorporez 2 à 3 cuillerées à soupe d'un de ces hydrolats dans le litre et demi d'eau que vous vous promettez de boire tout au long de la journée. En termes de renforcement du terrain, cette aromathérapie douce est parfaite et convient à tous, petits et grands. De plus, l'hydrolat apporte à l'eau son arôme caractéristique : de quoi satisfaire, atout supplémentaire, celles et ceux que la perspective de boire "autant d'eau" dans la journée transforme en masque de tragédie. Telle est, une fois de plus, l'aromathérapie imparable : quand thérapie et plaisir ne font qu'un !